Partager l'article ! Les chroniques hebdomadaires de Sarah: A l’instar de Bridget Jones, je me lance dans une série de petites chroniques hebdomadai ...
A l’instar de Bridget Jones, je me lance dans une série de petites chroniques hebdomadaires.
Lundi : J-4 avant le départ au Championnat de France
Le stress de la compétition me pousse dans une détresse criante. Malgré mon expérience, je fais pâle figure. J’ai le sentiment de vivre une course poursuite avec mes doutes.
J’essaie de trouver toutes les astuces pour garder confiance. Je me convaincs de monter sur le ring en regardant mon adversaire dans les yeux…mais très souvent les leurs ne cillent pas. En vain, je me dis qu’il faut que j’adopte une attitude affirmée, menaçante, voir hautaine mais c’est tellement aux antipodes de ce que je suis.
Mardi : Une préparation de qualité
Pour des combats avec autant d’enjeux que celui qui m’attend, j’ai du mal à faire passer ma passion pour le sport avant le goût de la réussite et de la victoire.
Mon quotidien de sportive est parfois chaotique, incertain, imprévisible…tantôt joyeux, tantôt dramatique. Je me surprends chaque jour à retrouver le même entrain pour me rendre à l’entraînement et rester toujours aussi motivée.
La frontière entre vie de sportive et vie privée est souvent ténue voire poreuse. Je me couche et me réveille en pensant à cette ultime échéance.
Chaque séquence d’entraînement est pesée au trébuchet. Rien n’est fait au hasard. Chaque geste, chaque mot, chaque intention est mesurée.
J’arrive de mieux en mieux à me montrer prolifique pendant les séances de mise de gants avec Saïd. C’est éprouvant mais ca me rassure et me mets en confiance. Les séances de préparation physique avec Laurent sont millimétrées. Chaque mouvement est précis, concis et efficace.
Mercredi : Repos
Enfin, une journée de repos. Le stress et les doutes m’envahissent toujours mais j’ai la conviction qu’ils nourrissent ma détermination à gagner.
J’aime à taire mes craintes. Face aux questions concernant cet événement, je balance des réponses sibyllines car j’ai du mal à me dévoiler. Mon côté taciturne prend souvent le dessus.
Jeudi :
Le trafic est complet. Nous partons en équipe. Nous sommes cinq représentantes du Boxing Beats à concourir pour le titre de reine de France, chacune dans sa catégorie : Laila Sekaf en 46kg, moi en 51kg, Hayette Akodad en 57 kg, Lucie Bertaud en 60kg et Zarah Fairn en 75kg.
Le travail a été fait. Depuis des mois nous travaillons dans l’objectif d’être numéro 1. Nos velléités communes sont une force. Dans ce sport individuel nous avons su créer un réel esprit d’équipe.
Vendredi, samedi et dimanche : Au cœur du sujet !
J’entre en conciliabule avec moi-même pour tenter de me convaincre que quelle que soit l’issue de cette compétition, la vie continue. A l’approche d’un combat, je vis des contradictions intérieures que je dois surmonter. Je ne parle pas des allers-retours, symptomatiques du stress, que je fais en direction des toilettes…mais plutôt des interrogations que je peux avoir avant le combat. Une question redondante mais existentielle me traverse indéniablement l’esprit : « Mais…qu’est-ce que je fais là ? »… De quoi titiller l’âme d’enfant blottie au fond de moi même. Quoiqu’il en soit, il faut monter sur le ring.
Des supporters en communion, du stress, de la sueur, des frayeurs pour une victoire…un titre de championne de France en 51 kg. Le quatrième round était interminable. Il a duré une éternité, à l’instar du plus long match de tennis de l’histoire entre John Isner et le Français Nicolas Mahut, dont ils ne semblaient pas voir la fin.
Portée par les encouragements, les cris et les pas de danse de mes acolytes, ma motivation s’est décuplée. Saïd y croyait, d’autres pas et le regrettent (enfin…peut-être ? Et après ?).
Mes censeurs m’ont aidé à leur insu. Je les remercie.
Je dois admettre que je ressens une certaine plénitude face à ce résultat. Je me prépare à savourer cette précieuse ceinture avec délectation. Un moment mirifique que je n’aurais pu vivre sans le soutien de plusieurs personnes (qui se reconnaîtront).
Cette année, Boxing Beats n’a pas eu le succès escompté. Avec cinq représentantes du club en demi-finale, nous espérions autant de ceinture. D’autant plus que l’an passé nous étions rentrées glorieusement avec quatre titres (Laila Sekaf en 46kg, moi en 48kg, Lorna Weaver en 54kg et Lucie en 60kg).
Disons que l’adage Nietschéen prend ici tout son sens : « ce qui ne tue pas, rend plus fort ».
Nous reviendrons encore plus fortes !
Mes opposants ont eu tord. Certains ont une conception singulière et une interprétation personnelle de la boxe. Ils occultent l’esprit sportif. Mais, a ce qu’il paraît la roue tourne. Elle a tourné pour moi aujourd’hui (hmd). Voilà qui confirme l’une de mes certitudes profondément ancrées, à savoir la devise du « quand on veut, on peut ».
J’aime à penser que le travail paie.
Ah, qu’il est enivrant et jouissif de rentrer à la maison avec la ceinture nationale !
LA SEMAINE DE SARAH
Du 29 Novembre au 5 Décembre 2010
Chronique N°7
LUNDI:
La semaine s’annonce difficile. J’ai les mains gelées à forcer de gratter le givre sur les carreaux de ma voiture. A ces moments là, j’ai du mal à trouver l’entrain pour me rendre au travail puis à l’entraînement.
Heureusement, l’organisation du débat « Les défis du sport féminin en 2011 » et du gala de boxe se peaufinent doucement ; et mes sensations à l’entraînement sont assez bonnes ces derniers jours.
Je passe la nuit à travailler sur mes cours de sciences po. Je passe un oral demain matin. Avec ma propension à tout repousser au lendemain, je commence seulement mes révisions.
MARDI:
Mon oral se passe bien. Je me surprends d’ailleurs à pouvoir dépasser mon côté taciturne et à devenir vraiment très loquace quand il le faut.
Le travail autour de l’événement du 10 décembre rend mon quotidien chaotique, incertain, imprévisible….Des personnes acceptent de témoigner au débat, puis annulent peu de temps après. Difficile de gérer tous ces imprévus. Par chance, ma détresse criante s’estompe en sachant que des intervenants solides et impliquées seront présents. C’est ce qui m’insuffle l’énergie de continuer et de donner le meilleur de moi-même.
MERCREDI :
Les jeunes de l’IMP accourent dans la salle de boxe avec la même envie qu’au commencement. Le démarrage est difficile. Leur engouement les empêche de se concentrer.
Les jeux en opposition ont un franc succès. Les enfants se montrent très prolifiques. Le fait de les voir souriants et épanouis me fait du bien.
JEUDI :
Excellente nouvelle : je pars pour la Semaine olympique qui est organisée par le CNOSF. Elle regroupe pendant une semaine les athlètes français de tous les sports olympiques. Une occasion de pouvoir se rencontrer ou se retrouver en toute convivialité.
L’idée de cette semaine est de développer un authentique esprit d’équipe, celle de l’équipe olympique française. Vous pouvez imaginer la fierté que j’ai pu ressentir lorsque j’ai appris que je pourrai partager à ces moments privilégiés.
Le fait de participer à ce rassemblement est une forme de reconnaissance pour moi.
Réunis sous les mêmes drapeaux : celui de la France et celui de l’olympisme.
VENDREDI :
Parée de mon bonnet, de mes gants et de ma superbe combinaison de ski, je m’apprête à rejoindre Courchevel où je vais savourer ces quelques jours de sports d’hiver.
Pour une fois, j’arrive à l’heure pour prendre mon train…pas course dans les escalators ni de slaloms entre les autres voyageurs. Comme quoi la destination influence sur ma ponctualité.
Le trajet pour rejoindre notre lieu de résidence est long…très long. Plusieurs heures pour traverser l’hexagone tout de blanc vêtu. Une rame du train nous est réservée. Elle transporte la horde de sportifs montés sur les plus beaux podiums des grandes compétitions dans les disciplines inscrites au programme de Jeux Olympiques. Par chance, la boxe féminine en fait partie désormais.
Premiers pas sous plusieurs centimètres de neige pour rejoindre l’hôtel Mercure 1850 où nous prendrons nos quartiers. Pour notre plus grand plaisir, l’hôtel est en haut des pistes. Le luxe absolu pour une petite parisienne comme moi, coutumière du bitume.
Réunion d’information : Patrick Cluzaud, directeur de la délégation Sport et haut niveau et son équipe nous accueillent. L’encadrement est de qualité. Ils rappellent l’importance du développement d’un véritable état d’esprit collectif, celui de l’esprit d’une équipe de France olympique solidaire. Mon rêve olympique me titille. Ma motivation pour aller à Londres se décuple à l’énoncer de ces paroles. J’espère que cette semaine sera pour moi un point de passage sur le route pour les Jeux.
Le programme de la semaine est alléchant. Les matinées seront consacrées au ski et des activités variées seront proposées l’après-midi. La semaine sera ponctuée de regroupement où des sportifs olympiens partageront leur expérience en conseillant tous les jeunes espoirs assoiffés de rêves olympiques.
Dès les premiers échanges, le ton est donné. Ce rendez-vous « esprit bleu » devra nous permettra de créer un sentiment d’appartenance propre à l'équipe de France olympique.
SAMEDI :
La nuit a été des plus agréables. Se réveiller à Courchevel sous un soleil magnifique et un ciel bleu azur, me questionne. La limite en le rêve et la réalité est parfois si floue. Malgré le brouillard qui m’habite, je me rends compte que je suis belle et bien à Courchevel.
La journée s’annonce pétillante. Une neige exceptionnelle saupoudre les pistes des Trois Vallées. Les conditions étaient des plus idéales pour cette première matinée de glisse. L’école de ski nous a mis à disposition des moniteurs de la station de Courchevel 1850. C’était un vrai régal.
L’après-midi a été consacré à un ensemble d’activités organisées au Forum de la station. Nous avons commencé par un tournoi de balai ballon. Une découverte pour moi. Muni d’un balai, il s’agit de marquer des buts dans le camp adversaire. Le plus amusant est que ce jeu se passe sur une patinoire…imaginez les chutes que nous avons pu faire. Je peux dire fièrement que mon équipe, celle des bleus, est arrivée première à ce tournoi ! La suite du programme était composée d’un saut de plusieurs mètres dans le vide harnaché à une corde fixée au plafond, d’un relais sur un mur d’escalade et d’une partie de bowling… Entre plaisir de s’amuser et complicité, ces épreuves ludiques ont teinté de chaleur ce début de semaine olympique.
DIMANCHE :
Une journée bien remplie ! Nous avons passé la journée en quasi immersion dans la neige. Au programme le matin : motoneige, session multi glisse (paret, airboard, luge, chenille, snowbyke…). J’avoue sans complexe avoir fait de belles chutes.
Nous avons poursuivi par une balade en raquettes à travers la forêt pour rejoindre la Cabane des bucherons pour le déjeuner. Au rythme de l’accordéon et de chansons populaires, nous avons dégusté une fondue savoyarde. Un moment chaleureux et convivial qui me laissera de bons souvenirs. Cette seconde journée bien remplie m’a valu une atroce fatigue qui m’a conduite au lit de très bonne heure.
Lundi : Remise des récompenses de l’Académie des sports.
Le rendez-vous est fixé à 18H00 à la Maison du Sport. Je suis en entrevue en fin d’après-midi. Saïd m’accompagne. Cet entretien s’éternise un peu mais il s’agit d’un contact important pour moi. Ma propension à arriver en retard se révèle une fois de plus. En toute mauvaise foi, je peux dire que les aléas du métro parisien et les bouchons parisiens sont la cause de mon retard. Mon mari qui devait nous récupérer à la station Denfert-Rochereau est coincé dans les embouteillages. Saïd et moi décidons alors, pris par un stupide élan de courage, de courir comme des forcenés jusqu’au lieu prévu. Ce n’est pas sans anicroche que nous avons atteint notre but. La pluie, les feuilles mortes glissantes et la fatigue nous ont accompagné gracieusement tout au long de notre périple. J’ai évité plus d’une fois, une violente chute qui m’aurait laissé sur le carreau. Je peux avouer maintenant, honteusement que l’idée d’abandonner m’a traversé l’esprit. Heureusement que Saïd de sa voix placide et rassurant a su m’encouragé jusqu’au bout de cette odyssée. Je ne remercierai jamais assez pour la solidarité sans faille dont Saïd fait preuve avec moi. Il a l’art de rendre les choses plus aisées, plus simples, plus joyeuses. Je lui voue une ineffaçable gratitude.
Ces 30 minutes de courses en talons m’ont valu de terribles douleurs aux pieds. Jenny nous attendait depuis presque une heure dans ce froid automnal.
C’est en starlette américaine, les cheveux mouillés et décoiffés que je suis arrivée…presque saine et sauve. Mon arrivée tardive a attiré tous les yeux fureteurs. Impossible de passer inaperçue. Cet épisode truculent restera un très bon souvenir.
C’est avec une grande fierté que j’ai reçu une magnifique médaille d’or chargée de sens pour moi.
De grands pontes du sport étaient présents pour être mis à l’honneur. En vedettes, Jeannie Longo…et Usan Bolt (qui n’a pas pu être présent). A mots feutrés, j’ai pu échanger quelques paroles avec elle. Je reconnais timidement être vraiment très admirative de son parcours.
Mardi : Mon réveil est agréable. Je garde le souvenir de l’épisode euphorique d’hier soir. Le train pour Dunkerque part à 10H20. Le tableau de bord de ma voiture affiche 10H10. Vous l’aurez bien compris, je suis encore en retard ! Ce qui me vaut une fois de plus une course effrénée avec une valise à traîner en fardeau. Sans l’aide de mon mari, j’aurai rater ce fameux tard.
J’aurai voulu me tromper de train et filer vers le Sud. Mais cette palinodie m’aurait réservé de gros soucis. Le châtiment serait dévastateur. Alors, je me ressaisis et je pars vaillamment en direction des zones industrielles de Dunkerque où un stage avec des boxeuses russes m’attend de pieds fermes.
Le microcosme de la boxe féminine bruisse de la rumeur selon laquelle les boxeuses soviétiques sont parmi les meilleures au monde. Elles sont dures au mal. Dans notre milieu, on ne tarit pas d’éloges sur ces poupées russes solides comme des rocs. Il y a fort à parier que ce stage sera épuisant. A l’entraînement, leur réputation se confirme. Elles frappent férocement et font preuve d’une détermination à toute épreuve.
Mercredi : Réunion d’équipe. Nos entraineurs annoncent des changements. D’une voix placide, ils insistent sur des impératifs de rigueur pour pouvoir progresser. Chacune de nous mesure l’ampleur de la menace. Les places en équipe de France sont dures à gagner. Même si certaines épreuves m’ont blessé, elles n’ont en rien ébranlé ma détermination à continuer à boxer. J’ai eu parfois des périodes de doutes que j’ai traversé en somnambule, hébétée et incrédule. Mais quel sportif ne doute pas ? La vie de sportif de haut niveau est tumultueuse, mais c’est ce qui fait son charme fou. Heureusement, j’ai toujours pu trouver le réconfort de mon mari et le soutien infaillible de Saïd.
Jeudi : Nous sommes au repos ce matin. Repos qui devenait primordial à mes yeux. La fatigue commence à se faire ressentir sérieusement. J’en profite pour rattraper mes cours en retard et avancer sur l’organisation du débat « femmes et sport ».
Au fil des jours, je me rends compte que la tâche est ardue. Je deviens sur-active, l’esprit jamais en repos. C’est épuisant et les petits tracas s’empilent. Ces soucis ont pris un peu de ventre depuis le début de ce projet. Difficile de convaincre les intervenants de se déplacer gracieusement. Aujourd’hui, le bénévolat n’est plus vraiment érigé en principe de fonctionnement, on parle davantage d’euros ou de dollars ! Des liasses vertes auraient certainement agité les foules comme le jours où la société Mailorama a annoncé une distribution d’argent dans la rue !
Heureusement, certains mesurent intelligemment l’intérêt d’un tel événement…et viennent pour avancer ensemble et faire évoluer les choses.
Vendredi : Au programme de cette matinée : petit footing autour d’un lac. J’ai de mauvaises sensations. Je me sens fatiguée et courbaturée. En fin d’après midi, la sélection des boxeuses qui participeront à la rencontre Franco-Russe est annoncée. Pas de chance, je tire la plus dure des deux russes. Du moins, celle que je redoutais. Je digère la nouvelle sans trop réagir et en me disant que c’est un mal pour un bien. L’expérience d’un combat intense et difficile peut s’avérer très positive pour la suite.
Samedi : Le combat. La journée se déroule dans un tourbillon effréné : pesée, visite médicale, repas, sieste et rituels de préparation du matériel. L’heure fatidique approche. La pression est à son comble. Le rythme ultra-soutenu des battements de mon cœur me martèle en substance qu’il va falloir monter sur le ring et combattre. A ce moment précis, le dépassement de soi est la règle, et la confiance en soi est la vertu cardinale.
La tâche s’annonce dure pour moi. L’opiniâtreté de mon adversaire me laisse dubitative. Au début du combat, elle me salue avec une férocité glaçante. Coincée entre les quatre cordes du ring, j’ai le terrible sentiment d’être clouée au piloti. Pas d’issue. Hormis une : gagner ce combat.
Saïd, Lorna et mon cher mari nous ont rejoint pour nous encourager. Leur soutien est primordial. Il me porte et m’aide à me dépasser.
Chacune des attaques russes en cachent une autre…plus violente encore. L’espace d’un instant, j’ai l’impression de jouer les paratonnerres qui attirent les foudres.
Au grand dam de mon entraîneur Saïd, je lâche quelques droites désordonnées et peu élégantes mais efficaces. Il ne tolère pas l’à-peu-près. Une visite au quartier général de Boxing Beats à Aubervilliers, où il phosphore sur les meilleures techniques d’entraînement, suffit pour s’en convaincre. Il a des idées en rafales et propose constamment de nouveaux exercices. Pour lui, la persévérance est érigée en principe de gouvernement. Ainsi, mes maladresses techniques lors ce combat me vaudront certainement des rappels à l’ordre.
Heureusement je gagne mon combat par le score décoiffant de 12 à 0. Les remontrances seront moins lourdes.
Cette fastueuse victoire ne m’aura pas permis de me bosseler les poches avec des liasses de billets ; mais elle me rassure : nouvelle saison, nouvelle catégorie de poids. Tout reste à faire…
Dimanche :
Enfin de retour chez moi. Ce moment est si délicieux que je préfère le garder égoïstement pour moi…
Lundi : Recherche infructueuse…Depuis plus de trois semaines je suis à la recherche de sponsors pour financer ma préparation physique. Cette recherche s’avère stérile…La crise a vraiment bon dos ! Un seul point positif : Cette quête m’aura permis de découvrir les ascétiques vertus de la patience et de la persévérance.
Alors, pour commencer cette semaine, j’ai voulu revenir un instant sur une question centrale : l’argent fait-il le bonheur ? J’ai bien envie de dire sans détour: Bien sûr que oui, comme la plupart des êtres humains sur cette terre.
C’est d’ailleurs pour cela que la plupart d’entre nous côtoyons avec délectation la Française des Jeux et fantasmons naïvement à tout ce que l’on pourrait faire si nous gagnions au Loto… Je dois admettre que parfois je rêve secrètement d’avoir autant de billets sous le matelas que Bill Gate pour mieux vivre le consumérisme de nos sociétés contemporaines.
Mais, en réfléchissant bien, si on pouvait sonder le cœur de ceux à qui il ne reste que de l’argent…Nous répondrions différemment à cette question fatidique. Ma conclusion vaut, si l’on ose dire, son pesant d’or : le pognon ne procure absolument aucun bonheur. A vrai dire, en voyant les lignes de coke de Jean-Luc Delarue et la mine déconfite de Patrice de Maistre, deuxième sébile chez madame Bettencourt, j’aurai presque pu le deviner toute seule.
Mardi : L’entraînement se durcit. Les mises de gant se précisent, au point de me rappeler sournoisement que boxer n’est pas un jeu…ni même une façon de se changer les idées. C’est un bras-le-corps avec ce que l’on a de plus profond en nous-mêmes…une manière de demeurer en permanence en débat avec soi-même.
J’ai la boxe chevillée au corps au point d’éprouver une sensation grisante qui me porte et me permet d’amortir les chocs de la vie. L’épreuve du combat, seul dans un ring face à un adversaire, endurcit. Mes quinze années de boxe m’ont durement aguerri. Elles m’ont offert des rêves. Des rêves de médailles. C’est pourquoi, je me suis engagée dans un projet sportif que je ne quitterai pas, quelque soit les obstacles et les doutes.
Mercredi : 10H00 : les jeunes de l’IMP arrivent à la salle. Leur engouement m’aide à surmonter la fatigue que j’accumule depuis quelques jours. Ils s’ébrouent gaiement à l’idée de commencer leur activité hebdomadaire. Pour la troisième année consécutive, ces jeunes souffrant d’handicap mental viennent s’adonner à la boxe…de quoi me ravir, moi qui suis passionnée et sans doute un brin téméraire.
Ils balaient la salle de leurs yeux fureteurs. La moue souriante, ils fourmillent dans toute la salle pour s’échauffer, gesticulant au rythme des consignes. Ils mettent beaucoup d’ardeur pour effectuer correctement les exercices proposés. D’ailleurs certain font preuve d’une habileté tactique déconcertante. Les assauts sont un moment délicieux à regarder tant les jeunes s’amusent. Ils progressent au fil des séances. En dépit de mon optimiste, les choses se corsent quand à la fin des oppositions, je dois désigner un vainqueur. La défaite est parfois dure à accepter pour certain… mais je reste convaincue qu’elle les aide à grandir !
Jeudi : Il règne comme un parfum d’hypocrisie autour de moi. J’ai besoin d’un léger coup de main pour enlever le couteau qu’on m’a planté dans le dos. J’ai l’impression que mon nom est conspué place de la Bastille par des gens un tantinet fallacieux et mesquins. J’ai le sentiment amère que j’ai été immolée symboliquement dans une ambiance d’odieuse vindicte. Le climat de guillotine qui flotte autour de moi me révulse. Je sais bien que les coupeurs de tête ne s’arrêteront pas là et qu’ils ne se contentent pas d’un seul martyr.
Je suis ulcérée de voir la méchanceté gratuite dont certain font preuve…Mais je me rends compte que j’ai le cuir plutôt épais.
Vendredi : j’ouvre ma boite email et j’y découvre un message bien sympathique de Maria Dominguès, la responsable du journal d’Aubervilliers. Elle m’explique qu’en lisant mes chroniques, elle a eu l’idée de me proposer de faire des piges pour Aubermensuel…Mon premier article apparaitra dans le mensuel de Décembre…alors Albertivillariens…surveillé vos boîtes aux lettres !
Samedi: Je dois être un brin doloriste pour décider de faire mes courses le samedi après-midi. Mais, disons que ma vie d’étudiante, de sportive et de salariée ne me laisse guère le choix. Je me sens prête à affronter les parages inconnus des aventures shoping dans les galeries marchandes de Parinor. Le crépitement des gens qui poussent leur caddy à travers les rayons au point de créer des embouteillages, me fatigue. La queue aux caisses est interminable. Au risque de passer pour une geignarde, je me morfonds dans une affliction revancharde, criant au martyre, à l’exécution publique… en espérant sortir enfin de ce magasin.
Mais, j’ai besoin d’une tenue pour la soirée de remise des récompenses de l’Académie des Sports où je vais recevoir une médaille. Rien en vue. Les étalages regorgent de robes minimalistes au look pin up. Peut-être suis-je trop en marge des modes, mais je ne m’imagine pas porter ces robes ultra-courtes inspirées des meilleurs sex-shops de Pigalle.
Dimanche
: Réveil désastreux. Des bruissements d’eau me réveillent. Il est 7h00 du matin quand une averse s’installe au débotté dans mon salon. La scène est accablante. Des litres d’eau s’écoulent sur ma table basse. Ma voisine du dessus prend sa douche et toutes ses eaux usées cheminent à travers mon plafond en passant par mon lustre. Quel désastre ! Encore une bonne journée en perspective !
LA SEMAINE DE SARAH
Du 25 octobre au 31 octobre 2010
Chronique N°4
Lundi : Je rentre d’une séance de course épuisante. 500m, 700m, 900m, 1200m…à n’en plus finir. La séance était longue et insurmontable. Le nombre de tours de piste que j’ai effectué me donne la nausée ; tout comme cet étrange parfum de liberté qui vogue sur le parking de la salle de boxe. Le temps est froid et sec pourtant le sol est trempé. Quant à l’odeur !
En plus d’avoir les jambes affaiblies, je suis frappée par la scoumoune. Au grand dam de mes yeux chastes, j’aperçois un curieux personnage à moitié dévêtu. Cet exhibitionniste au comportement cavalier a baissé son pantalon jusqu’aux chevilles. Par ce froid d’automne il a la curieuse idée de sortir de le bout de son…nez ! Quelle horreur ! Les frasques de ce pervers me valent une esclandre. J’hurle pour lui demander de partir. Mais il feint de m’ignorer en prétendant vouloir uriner… Il est vrai que le quartier des Quatre Chemins à Aubervilliers fait bon vivre, mais il ne faudrait pas que certains prennent trop leur aise…
Mardi : Rêve déchu…quand tu nous tiens. Si l’enfant que j’étais s’autorisait des imperfections, la femme que je suis devenue s’interdit toutes faiblesses. La pensée de mon échec au Championnat du monde à la Barbade m’est insupportable. Elle provoque en moi un sulfureux sentiment de colère. Laisser prospérer mon indignation et ma déception, c’est laisser ces sentiments endosser à eux seuls, l’étendard de la débâcle. Je ne vois que des ruines fumantes dans le bilan de cette compétition. Mais je me dois d’avancer.
En rentrant de la Barbade, je m’absorbai mécaniquement dans le travail et dans les cours pour ne pas repenser à ma déception. Je ne voulais pas m’effondrer au risque de remettre en question mes projets sportifs. Dans ces moments là, je m’accroche à mes projets professionnels comme à une bouée de sauvetage. Les leçons apprises de cette défaite m’ont permis d’esquisser les premiers changements dans ma préparation. En parfaite dissidente, j’ai fait l’exégèse de chaque moment de ma préparation… Beaucoup reste à faire pour que le Petit David que je représente devienne le féroce Goliath…Mais comme disait très justement Mitterand « on ne peut rien contre la volonté d’un homme ».
Mercredi : Je me lance dans l’écriture d’un texte sur mes débuts dans la boxe dans le cadre du projet « on ne naît pas femme, on le devient ». Ce projet est porté par la photographe Marie-Hélène Le Ny. A travers une série de portrait en noir et blanc, elle apporte une vision kaléidoscopique de la vie des femmes d’aujourd’hui. Sur chacune des photos, le modèle posera son texte enregistré.
Voici le mien :
« Il y a quinze ans, j’entrais dans la salle de boxe à Aubervilliers. Elle était bondée de hommes qui frappaient, sautaient à la corde et s’agitaient dans une frénésie calculée. Ce ballet théâtral suscitait en moi une envie folle de les imiter.
Les regards se sont fixés sur moi alors que je n’étais encore qu’une adolescente de 13 ans pétrie d’insouciance et de tenacité. Il n’y avait pas de femme. Mais à aucun moment l’idée qu’on aurait pu me refuser de boxer m’a éffleuré l’esprit. Mon grand frère avait déjà fréquenté des salles de boxe. Ma mère n’était pas opposée à mon désir de devenir boxeuse. Elle m’encourageait à faire du sport, quel qu’il soit pour ses vertus éducatives et socialisantes. J’ai choisi la boxe anglaise et elle m’a vivement encouragé malgré la crainte que j’abîme mon visage. A croire que ma candeur m’a permis d’aller au delà des préjugés et des barrières sociales et culturelles.
Il n’y avait pas de vestiaire pour les femmes. Pourtant, mon entraîneur, Saïd Bennajem n’a pas hésité à me donner ma chance. Il n’a pas vu en moi un être faible, inférieur et fragile. Au contraire, Il a vu une sportive déterminée et façonnée par la culture du résultat, du travail et du mérite.
Mais très vite, la réalité m’a ratrappé. Les commentaires sexistes se sont intensifiés. Ils résumaient d’un trait cruel cette dure inégalité entre l’homme et la femme.
Lors de mes premiers combats, j’ai découvert maintes sensations extraordinaires. Cette étrange sensation de danser au bord d’un précipice. Un combat est un mélange d’extrême tension, mélange euphorisant de toute-puissance et de grande fragilité. Mais, j’ai rapidement compris que ma technique étaient moins jugés que mes jambes, mes bras, mon cou étaient jaugés.
A cette époque je rêvais naïvement que des foules entières applaudiraient des combats féminins. Je répétais inlassablement des paroles de Ché Guevara, gorgées d’espoir pour l’adolescente passionnée que j’étais: “soyons réalistes, demandons l’impossible”.
L’impossible signifiait pour moi : participer aux Jeux Olympiques, à l’instar des meilleurs boxeurs. Depuis des années, la boxe m’obsède par son lot ineluctable de deceptions et d’espérance. Déception de voir que la boxe existe depuis le 18ème siècle et qu’il a fallu trois siècle pour autoriser les boxeuses à partager les olympiades. Espérance de pouvoir un jour réaliser mon rêve: aller aux JO.”
Jeudi : Journée de grand nettoyage dans le bureau de la salle de boxe.
La tâche n’était certainement pas une sinécure. Armés de beaucoup de courage, Saïd, Jenny et moi, nous avons décidé de faire un grand ménage dans notre bureau totalement chambardé. Je dois admettre que celui-ci a une apparence apocalyptique depuis que Jenny le confond avec sa chambre… Nous avons reçu gracieusement de nouveaux meubles…complètement dépareillés mais très utiles tout de même. Nous avons déployé toute l’énergie qui nous habitait pour soulever ces immenses armoires. Jenny et moi avons eu l'idée farfelue de monter seules un meuble en sachant que l’escalier qui mène au bureau est quelques peu étroit et périlleux. Malgré nos forces et notre habileté tactique à soulever ce placard. Nous sommes restées bloquées au milieu de l’escalier…prises par un fou rire incontrôlable.
L’amitié que je porte pour Jenny m’oblige à taire la suite des événements…
Vendredi : Travail sur piste. Le rendez-vous est fixé à 10H00. Comme à mon habitude je suis à la bourre. Cette propension à arriver très souvent en retard me vient de ma mère. C’est une grande spécialiste dans ce domaine. J’ai du surmonté maintes épreuves pour atteindre Aubervilliers. Impossible de retrouver mes clefs de voiture. Sans vouloir paraître paranoïaque, je me suis dis que des ennemis avaient fomenté un complot contre moi…ah bah non, elles étaient justes dans mon sac !
Saïd m’informe du programme de la séance. Elle s’annonce sulfureuse. J’enchaîne les tours de piste à une allure folle. J’ai mal au point de sentir le goût du sang au fond de ma gorge sèche et une profonde envie de vomir Le moral vacillant, j’espère que Saïd abrégera mes souffrances. Mais rien y fait. A croire qu’il a bu les paroles d’Alice Miller dans son livre « c’est pour ton bien ». Je déploie tout mon attirail de stratagèmes destinés à susciter chez lui un peu de pitié pour cesser mon calvaire. La technique de l’apitoiement n’est pas efficace…alors je cours et je cours encore.
A la fin de la séance, je me trouve héroïque d’avoir survécue à ce supplice. Malgré la fatigue, j’essaie de marcher fièrement, mais en pensant à Stefan Hegels, l’homme qui a couru un marathon par jour pendant une année, je fais pâle figure.
Samedi et Dimanche: Mariage du cousin de mon mari à Saint-Etienne.
La fatigue qui a suivi ce jour de fête explique le retard de ma chronique cette semaine. Ce mariage franco-algérien était magnifique. Pourtant, la fête a eu un arrière goût amer quand j’ai entendu des commentaires absurdes et racistes qui valent leur pesant d’olives. Passons…tout cela me rappelle que j’ai un mariage à organiser…le mien et que ce sacerdoce n’est pas prêt d'être ficelé de si tôt.
Sarah Ourahmoune
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LA SEMAINE DE SARAH
Du 18 au 24 octobre 2010
Chronique N°3
LUNDI: Dure journée. Je rentre chez moi épuisée par l’entraînement. Le travail sur piste m’a épuisé. J’ai l’estomac qui gronde, mais l’allure anorexique de mon frigo ne me rassure pas. Je l’ouvre et le ferme comme pour trouver de l’inspiration. J’aurais pu surfer sur le net pour glaner une super recette copiée dans « Top chef ». Mais le vide ancestral de mon garde manger me laisse indécise. Difficile d’imaginer un plat succulent avec une vieille tomate tchernobilienne et le fond d’un pot de mayonnaise. Quelques courses n’auraient pas été du luxe. Mais mon état de fatigue et celui de mon porte monnaie ne m’en donne pas le choix. Fauchée comme les blés, je remets les courses à plus tard. Le bilan de mon compte bancaire est décevant au pis calamiteux. Et oui, la crise demeure et moi….je meurs ! Il paraît qu’il faut travailler plus pour gagner plus…Utopie !
Dans ces moments là…d’âpre famine. On revient aux valeurs sûres : pâtes au ketchup et patate à l’eau.
MARDI : C’est la grève. Cela fait plusieurs jours que ça dure. Ce matin, le Canard Enchaîné titre « Il n’y a que les manifs qui font le plein ». Effectivement…le carburant commence à se faire rare. J’ai beau cherché une pompe, rien en vue…
En femme courageuse, je décide de prendre mon vélo pour arborer les 30 kilomètres qui me séparent de mon lieu de travail. L’idée d’une balade bucolique au bord du canal infesté d’ignobles ragondins et de cadavres de voitures volés, m’enchante. A peine sortie, mon nez rougi par le froid me convainc qu’il est préférable de prendre ma voiture. Comme quoi, il me suffit d’un rien pour crever la bulle de mon bonheur et mettre à mal mes belles ambitions.
MERCREDI : Grosse journée en perspective. La préparation du débat « sport et femmes » avance correctement. La salle est réservée. Le thème est annoncé : « Les défis du sport féminin en 2011 ». Le choix des intervenants qui témoigneront de la place des femmes dans le sport français, est délicat. Il nous reste encore beaucoup à faire. En dépit de tout l’enthousiasme que je peux déployer en organisant cet événement, la peur que tout ne se déroule pas comme je l’imagine, me laisse songeuse.
Les choses se corsent quand je pense que ce même jour, nous proposons un gala de boxe féminine où je risque de boxer également. A part, déployer un miraculeux talent d’ubiquiste ce soir là, j’ai encore du mal à imaginer comme je vais faire pour gérer le débat et boxer en même temps.
JEUDI : Ma jauge d’essence me rappelle que la pénurie d’essence s’installe fatalement. Même combat pour tout le monde : trouver du carburant. On se croirait dans Resident Evil où des morts vivants non pas affamés de chair humaine, mais plutôt d’essence, errent sans fin à la recherche d’or noir.
Je roule en procession jusqu’à une ultime pompe à essence. A la pompe, c’est le chaos. La rareté rend dingue. Les gens se disputent et les cris de gallinacés que l’on égorge fusent. Quelques policiers régulent le cortège de fous furieux jusqu’aux oasis d’essence. Je croise les doigts, les jambes et tous ce que je peux, pour atteindre la pompe à essence avant de tomber en panne. Mais, au risque de paraître parano, je suis sûre d’être victime d’une conspiration des automobilistes et des feux rouges qui me freinent dans ma quête infernale…
Vendredi : Je dois avouer que je suis en proie à une addiction sévère : Facebook. Pourtant, j’ai longtemps été réfractaire à ce réseau sectaire le plus en vogue du moment. C’est une version un peu plus convivial des Renseignements Généraux…avec une petite variante : on se fiche soi-même.
J’étais totalement opposée ad vitam aeternam au fait de perdre ce côté introverti et pudique qui me caractérise. Néanmoins, face à l’attachement soutenu de toute une population à ce nouveau réseau social…j’ai succombé.
De prime abord, rien de grave. J’ai retourné ma veste à force d’entendre « on se capte sur facebook », « t’as vu ce qui s’est passé hier sur facebook entre untel et untel… »
J’ai donc intégré cette secte sociale, au mépris de toutes les règles de bonnes conduites que je m’étais fixées. Me voilà donc dans la grande sphère facebookienne, avec une multitude d’amis virtuels que je ne connais même pas pour la plupart. Curieusement, ils me racontent qu’ils sont dans le bus ou mange une pomme.
Amitié virtuelle ou fausse amitié. Mais où allons-nous ? Tout sonne faux à l’image des seins siliconés de Pamela Anderson.
Samedi : je sors du cours de Dynamic boxe éreintée mais avec un curieux sentiment de bien-être et l’idée folle d’avoir perdu quelques centimètres de tour de taille.
Les fameuses courses du samedi après-midi s’imposent. Pétrie de bonnes résolutions, j’évite les rayons qui me sont interdits : glaces, gâteaux et sucreries. Ceux qui me connaissent, savent mon penchant incontrôlable pour les produits sucrés. Je mentirai si je ne disais pas que plus d’une fois, j’ai failli craquer. Avec tout le courage qui m’habite (peu en l’occurrence !), j’atteins les caisses sans avoir succomber. Fière de pousser un caddie emplie de produits « santé », je me rassure en me disant qu’il paraît qu’on est ce qu’on mange…
Je suis immédiatement confortée dans mon choix diététique quand un charmant monsieur à l’haleine aromatisé à la vinasse me souffle au visage. Son caddie regorge d’alcool. Il me parle si près qu’il brise mon espace vital. Heureusement, mes entrainements physiques m’ont permis de développer une certaine faculté à bloquer ma respiration pendant un laps de temps non négligeable…par chance, je survis.
Dimanche : Journée pantouflarde. Avec toutes mes pérégrinations de la semaine, entre cours, entraînements et travail…j’ai décidé de passer mon dimanche sans voir la lumière du jour. J’ai délaissé mon côté stakhanoviste pour mettre en valeur celui de paresseuse.
Quoi de plus agréable qu’une journée de totale délectation en pyjama…
Sarah Ourahmoune
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LA SEMAINE DE SARAH
Du 11 octobre au 17 octobre 2010
Chronique N°2
LUNDI : Quand la salle de boxe se transforme en scène de film, c’est Saïd Bennajem qui joue les apprentis-acteur. Rachid Djaïdani, l’auteur du best-seller « Boumkoeur » débarque dans notre pénate, caméra en mains. Ce jeune homme dont le parcours en ferait pâlir plus d’un, tourne depuis six ans un film sans aucun budget.
Cet érudit curieux de tout, est à la fois écrivain, scénariste et comédien. Ce jeune homme épatant, ancien champion d’Ile de France est habitué des salles de boxe.
A Boxing Beats, pas besoin de créer un décor. Tout y est ! On se croirait dans les vieilles salles de boxe de Chicago des années 30.
Un acteur fait faux bon à notre jeune producteur. Saïd en homme providentiel le remplace sur le tard. Un rôle d’entraîneur de boxe à l’instar de Mickey Goldmill, dans Rocky Balboa. Un rôle qui lui colle à peau. Avec la même gravité dans la voix et la même autorité dans le ton, il endosse le costume d’entraîneur comme il a l’habitude de le faire avec ses champions.
MARDI: Aujourd’hui j’ai décidé au prix d’une migraine atroce de m’atteler à une tâche ô combien passionnante : la comptabilité du Boxing Beats.
La tâche me semble insurmontable : trop de factures, trop de chiffres, trop de boulot en définitive. Il est vrai que je ne gère pas la fortune à moitié cachée et partiellement dilapidée de Liliane Béttencourt…mais tous ces chiffres me donnent des nausées et des sueurs froides. J’admets que j’ai rapidement abandonné. J’ai encore quelques jours pour le faire. J’utilise la carte du « On verra ça plus tard ». C’est tellement plus facile de remettre au lendemain…
MERCREDI: La nouvelle programmation de mon entraînement, physique puis technique m’affole de ses coups de savate. Il redessine toute une saison sportive précipitée dans le vortex de la compétition. Joyeux changement d’ère ! Pour débuter la journée, Laurent, mon préparateur physique m’a concocté une séance de musculation. Ce sacerdoce s’annonce corsé. Mon corps est aussi rouillé que les outils de mon père qui traînent dans la cave. Autour de moi des Musclors me découragent en poussant des charges incroyables à en avoir les yeux qui tombent.
Mon prochain combat est dans un mois. Je boxerai une russe, Avec la solidité et la détermination qui caractérisent les boxeuses soviétiques, j’ai plutôt intérêt à intensifier mes entrainements. Je commence progressivement à me discipliner non sans quelques difficultés.
JEUDI: Dans le métro les odeurs enivrantes d’urine accompagnent mes pas au point de me faire tourner la tête. Ces parfums doux et suaves qui se dégagent des galeries me brûlent la peau. Je me glisse dans une rame. Je repère un siège et me précipite pour m’y asseoir avant que d’autres prétendants ne le saisissent. Je suis éreintée. Mes jambes fatiguées ploient sous le fardeau de l’entraînement sur piste de ce matin. Celui-ci a résumé d’un trait cruel ce que « préparation physique » signifie.
Un homme aviné s’installe face à moi. Il se lance dans un monologue qu’il adresse à ses chaussures. A croire que le métro est le lieu de rendez-vous des fous furieux. Je fixe mon regard sur le paysage champêtre qui se déroule sous mes yeux : des galeries sombres infestées de rats plus gros que des chats. Je suis émerveillée au point d’oublier ce pseudo-Molière et son triste monologue théâtral. Je ne sens plus qu’une gêne au creux de mon oreille. J’aurai voulu faire un geste de la main, comme pour chasser une mouche et chasser par la même occasion sa présence agaçante. Il faut se rendre à l’évidence, Dame Nature ne nous a pas tous équitablement fourni.
VENDREDI: Il y a des jours où rien ne va. On a beau être persévérant, garder espoir et avancer…les problèmes poussent aussi vite que des champignons vénéneux.
Comme dirait ma mère : « le temps est le meilleur des médecins », alors je patiente, ça ira mieux demain…
SAMEDI : Le réveil est difficile. En grande ordonnatrice de bonnes résolutions jamais respectées, une idée traverse mon esprit brouillé par la fatigue : rester coucher…ce qui signifierait ne pas aller au cours de Dynamic Boxe ! Une voix sage m’interpelle. C’est celle de mon mari, qui me somme avec tact de me lever par un arraché violent de couette et une ouverture bruyante des volets.
Mes légers progrès pour suivre la sulfureuse chorégraphie m’encouragent et me laissent espérer que chaque mouvement se glissera dans l’addition des calories brûlées.
DIMANCHE : Je me retrouve reléguer à un poste d’assistante à la réalisation de pains au chocolat et autres viennoiseries plantureuses dans la boulangerie de ma mère. Ces douceurs si peu caloriques pourtant me sont bizarrement interdites. Je risquerai de surplomber ma catégorie de poids de quelques petits kilogrammes. Avec la rigueur qui me caractérise, j’opte pour l’abstinence, mais celle-ci appelle à la famine. Donc, si ma chronique s’arrête, c’est que je suis morte de faim.
Sarah Ourahmoune
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LA SEMAINE DE SARAH (1)
Du 3 octobre au 10 octobre 2010
LUNDI: Reprise de l’entraînement après deux semaines de repos et surtout avec une grosse « flémingite » aigue. Souvent je dis aux autres sportifs que le plus dur dans l’entraînement c’est de commencer. C’est toujours plus facile de conseiller les autres que de le faire soi-même. Après vingt bonnes minutes d’échauffement pour réveiller tous mes muscles endormis qui s’étaient habitués à cette trêve sédentaire si agréable…j’ai remis la machine en route. Je pense que mon corps de sportive commençait à prendre plaisir à cette vie de bohème pantouflarde. Mais, tout a une fin…et la réalité me siffle à l’oreille que j’ai un objectif sportif important qui m’appelle.
Au programme de ce joyeux retour, shadow, leçon, sac, corde et renforcement musculaire sous la houlette habituelle du grand maestro Saïd Bennajem.
MARDI : Avant de m’enliser dans les bouchons quotidiens de l’autoroute A1, je me prépare à affronter une de mes phobies incurables : les bureaux des administrations. Pétrie de bons principes, je tourne plus de vingt minutes pour trouver enfin une place où me garer bien que les stationnements « handicapé » et « livraison » m’appellent par des cris d’orfraie. Après une randonnée en talons aiguilles jusqu’à la mairie. Je patiente sagement en salle d’attente, mon dossier de mariage entre les mains. Je lis toutes les affiches placardées sur les murs pour faire passer le temps, je tapote sur mon téléphone et m’agite sur ma chaise. On m’appelle enfin. La secrétaire, la moue désolée, me refroidit d’une phrase « Pour les dossier de mariage, il faut la présence des deux conjoints ». Minée par cette annonce, je la prie de bien vouloir vérifier mon dossier, aussi épais que le dossier d’accusation de Jérôme Kerviel.
MERCREDI : La matinée commence par un petit footing au Parc de la Courneuve avec Saïd, mon entraineur. La journée s’annonce plutôt agréable. Seulement en rentrant chez moi, je me suis sentie comme le père de famille dans le film « Beethoven ». Tout le monde connaît ce film, il est passé X fois sur M6. A croire que les producteurs de la chaine pensent que les téléspectateurs ont tous Alzheimer. Sauf que dans mon cas, ce n’est pas un Saint Bernard, mais un petit jack Russel qui a transformé mon salon en piscine à mousse. Il a déchiqueté son panier en tissu et étalé les morceaux de mousse dans toute la pièce. Je vais tout de même arrêter d’évoquer cet affreux épisode que je garde encore en travers du gosier.
JEUDI : Groguis par nos estomacs affamés, nous nous sommes rendus à la Muraille de Chine, petit resto chinois épargné par les raviolis appartements. La cuisine mi- chinoise mi- vietnamienne est épatante et les places assises sont chères. Entre une soupe au poisson et une salade de crevettes, Jenny lance un sujet philosophique très profond : Qui arrive le premier : l’œuf ou la poule ? (Au fait, Jenny, c’est une super fille que j’adore, qui fait partie de la Boxing Beats Familly). Après des échanges houleux et rétifs, aucune réponse providentielle n’en ressort. Trêve de plaisanterie, l’addition tombe sur la table comme pour marquer la fin du combat.
Vendredi : Station Saint Germain des Prés. Je retrouve Annie Sugier et Linda Weil Curiel dans leur fief. Elles font parties de la Ligue Internationale des Droits de la Femme. Annie succède dignement à la première présidente de la Ligue, Simone de Beauvoir. En dignes cheftaines philanthropes, elles me font part de leurs récits épiques : 40 ans de lutte pour la cause des femmes. Ces deux féministes pur sucre ne paient pas de mine. Sous leurs airs de douces petites poupées, elles ne sont pas disposées à baisser la tête ou se désarmer. Ces deux ubiquistes luttent avec ardeur aux quatre coins du monde. Elles ont crée le comité « Atlanta+ » pour lutter contre les ségrégations pratiquées les pays islamistes qui interdisent la pratique du sport aux femmes. Elles seront présentes aux JO de Londres en 2012 où elles tenteront de faire céder l’Arabie Saoudite et Brunei.
Conclusion, la leçon apprise de mon échange avec ce prodigieux tandem me laisse à penser que la vie ne vaut rien si on ne se bat pas pour ce que l’on estime juste.
Samedi : La musique résonne si fort dans la salle de boxe que je n’arrive même plus à entendre le grincement des sacs qui se balancent. Ce matin, c’est Dynamic Boxe, un remake de Véronique et Davina versus Boxing Beats Night Fever.
De quoi ravir les plus courageux du samedi matin qui ont renoncé à une bonne grasse mat’ ou qui ont esquivé le grand ménage du weekend.
Perdue entre deux pas de salsa entremêlés d’enchaînements façon fitness, j’essaie en vain de rattraper la chorégraphie qui défile sous mes yeux fureteurs.
Heureusement, ici, pas de gros bras qui s’admirent devant les miroirs ni de jolies pimbêches à moitié nues pour me rappeler combien j’ai l’air ridicule.
Mais fichtre ! Je me suis bien défoulée, j’ai transpiré à en devenir aussi rutilante qu’une belle émeraude inaccessible. Je reviendrai samedi prochain.
Dimanche : Complètement étouffée sous ma couette, je m’apprêtais à savourer ma délicieuse grasse mat’ jusqu’à 8h00 du matin avant que mon cher voisin ne me réveille avec la douce mélodie de son aspirateur. Enjouée par ce sulfureux lever, je décide de me faire une petite escale au bled : en plein cœur du marché des 3000. Dans les allées de marchands de légumes, je me faufile, portée par la musique raï qui fuse des vieux postes posés sur le coin des étalages. L’odeur de la menthe et les paroles de Cheb Abou m’emportent jusqu’à Oran où la chaleur y fait bon vivre…Fin du voyage, mon homme m’attend pour passer à table !