Présentation

les chroniques hebdomadaires de Sarah Partie 2

 

LA SEMAINE DE SARAH

Du 22 mars au 27 mars 2011

Chronique N°10

Tournoi République Tchèque

 

Si la présidentielle de 2012 est déjà vainement noyée dans le buzz des sondages, la boxe féminine nage encore un peu dans le floue des Jeux Olympiques de 2012. Toutefois, nous savons d’ores et déjà que les qualifications se feront au Championnat du monde en mai 2012 à Pékin.

Plusieurs tournois réservés aux trois catégories olympiques se mettent en place. C’est dans ce cadre que Lucie Bertaud (60 kg) et moi (51kg) participons au tournoi de Usti Nad Labem en République Tchèque.

Le tirage au sort est fait maison. Les athlètes tchèques sont favorisés. Malgré l’acrimonie générale à l’annonce des tableaux, rien ne change. Nous acceptons. Nous sommes venus pour boxer. Ce tirage « maison » nous reste à travers le gosier. Rien n’est clair. Où sont passées les valeurs fondamentales du sport si chères à Coubertin ? J’ai envie de croire qu’elles existent toujours. Elles restent le ciment de mon rêve olympique, même si je ne peux pas fermer les yeux sur tous les enjeux politiques et économiques du sport.

 

Mardi 23 mars : Je boxe en huitième de finale contre la championne du monde en titre des 51 kilos, la chinoise Cancan Ren. Lucie quant à elle sera opposée à une boxeuse polonaise habituée du circuit.

J’ouvre cette compétition en faisant le premier combat. Le score reste figé pendant les deux premières reprises, 0-0. Jamais prise en défaut de lucidité, je marque une touche. Elle égalise immédiatement. Quatrième et dernière reprise : Le scénario se reproduit. Une seconde touche est comptabilisée en ma faveur. Elle est rapidement égalée pour mon adversaire. Le combat s’achève par un score de 2 à 2. Les juges trancheront en sa faveur. Les critères restent encore flous.

Lucie suit le même schéma. Elle domine au pointage de deux points. En dépit de cette avance, les choses se corsent quand l’arbitre décide de lui infliger un avertissement pour « tête basse ». Les vices ostensibles de la polonaise lui ont valu un supplément de deux touches. A la fin du combat le score est de 2 à 2. Encore une fois, les juges ont favorisé le clan adverse.

Jamais de mémoire d’experte, l’équipe des bleues n’aura mariné dans une telle mélasse. Nous rentrons déçues mais riche d’une meilleure confiance en nous. Nous pouvons y arriver. Ce tournoi pesteux a eu un aspect positif : il a décuplé notre motivation.

Pour avancer il n’est qu’un précepte qui vaille, celui qui prend souvent tous son sens pour moi, « ce qui ne tue pas rend plus fort ».

Je rentre chez moi en choisissant de méditer sur mes défaites et les erreurs que j’ai pu faire plutôt que de gémir sur leur sévérité ou leur injustice.

 

 

LA SEMAINE DE SARAH

Du 13 mars au 20 mars 2011

Chronique N°9

Stage équipe de France féminine à Rome

Caserne militaire Esercito

 Lundi : 2ème jour à Rome

Nous quittons un Paris ensoleillé pour rejoindre la caserne militaire de Rome. Le contraste est saisissant. Le ciel gris et les hauts murs rehaussés de fils barbelés donnent le ton. Force est de constater que la semaine s’annonce maussade.

Le petit déjeuner est digne d’une caserne militaire : biscottes et thé servis à 7H15 précises. Un entêtant parfum de déception se dissipe dans la cantine. Nos petites mines déconfites ne font pas de foucade, mais un ravitaillement plus riche s’impose.

Le stage commence par une petite mise en jambes : un test Cooper. Il consiste faire la distance la plus longue en 12 minutes de course. Il sera suivi par un entraînement en salle (sac, corde, médecine ball). Le programme tonne comme un séisme sans précédent. Nous ne nous étions pas préparées mentalement à un tel effort.

L’heure du repas arrive. Nos estomacs affamés s’en réjouissent. Au menu, pâtes nature ou pâtes à la sauce tomate. Ce sera celles aux tomates. C’est à ce choix cornélien que je me suis résolue.

Mardi :  3ème jour de stage

Les jours s’enchaînent et se ressemblent à mon gram dam. Heureusement, le soleil adoucit notre aigreur. L’entraîneur éructe d’une voix sérieuse le programme de la matinée. Nous ferons des tests de musculation. Ce sacerdoce nous a valu quelques cris de gallinacés qu’on égorge et des moues rutilantes. Qu’importe, nous avons réussi à dépasser nos limites.

 

La vie de militaire est dure, atrabilaire et ennuyeuse selon moi.

Il règne comme un parfum de lassitude. Sans télévision ni internet, nous sommes coupées du monde. Nous avons laissé la Japon sous les ruines du tremblement de terre. Nous souffrons d’une communication défunte comme le mutilé de son membre perdu.

 

Pétries de bonne volonté, nous enfilons nos gants pour nous opposer aux italiennes. Nous avons la volonté farouche de bien faire et des ambitions à revendre. Les oppositions sont violentes mais de qualité. La boxe est un univers où les défis sont particulièrement corsés. Il faut savoir se montrer opiniâtre et avoir la dent dure !

Mercredi : 4ème jour de stage

La journée est pluvieuse. Les militaires repeignent les cages d’escaliers. Je ne convoite aucunement leur train de vie. La caserne m’ennuie. Le dortoir est terne et sans vie. Nos lamentations canotent à l’arme lourde. Nous sommes blasées. Nos journées sont rythmées par nos deux entrainements quotidiens et par nos repas. Honteusement, j’avoue être ulcérée de manger encore et toujours des pâtes.

 

Jeudi : 5ème jour de stage

 Nous sommes de repos ce matin. Nous comptons profiter de notre temps libre pour visiter Rome.

Le soleil nous a posé un lapin théâtral, mais personne ne semble affecter outre mesure en ce temps de ciel gris.

C’est avec délice et avidité que nous nous glissons dans le bus puis le métro pour rejoindre le Colisée.

La pluie ne nous a pas épargné. Mais rien ne chamboule notre projet de visiter une des 7 merveilles du monde. Nous sommes trempées. Heureusement, des vendeurs à la sauvette proposent des parapluies.

Nous entrons dans le Colisée. Marcher sur les traces d’anciens gladiateurs est trépidant. Il est aisé d’imaginer des combats, des chasses d’animaux sauvages et des divers spectacles tellement les lieux transpirent leur vécu. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’en fermant les yeux et en tendant l’oreille, nous pouvons sentir l’ambiance qui y régnait…mais la singularité des lieux nous embarque dans l’histoire.

 

Nous poursuivons notre périple par une visite du Vatican. Nous pénétrons dans la basilique Saint-Pierre du Vatican. Nous sommes éberluées par sa splendeur, sa précision et son immensité de ce lieu de pèlerinage.

La multitude de détails est affolante. Les colonnes, les reliques, les peintures déversent leur histoire. Le célèbre tableau de Malevitch « carré blanc sur fond blanc » ferait vraiment pâle figure devant les œuvres de Michel Ange, Bramante ou Le Bernin.

 

De retour à la caserne, les italiennes nous attendent dans leur giron pour l’entraînement. Réfutant l’étiquette frelatée de touristes françaises, nous déployons toute l’énergie qui nous habite pour proposer de la belle boxe. En dépit de nos pérégrinations à Rome, nous sortons les griffes et dominons nos adversaires italiennes.

 

 

Vendredi : 6ème jour à Rome

Le soleil est de retour. Il a un talent suprême pour être là quand on n’en veut plus. S’il avait plu, nous aurions été épargnées par ce travail sur piste.

Le programme de la matinée est corsé. Il est annoncé à grand renfort de trompettes : course sur piste, mais elle sera différente de celle que nous avons l’habitude de faire. De nouvelles mesures sont brandies comme autant d’étendards du changement positif. Les tests que nous avons fait cette semaine devraient nous aider à paufiner nos preparations.

Notre escouade tricolore arbore la mine qui sied à un enterrement. Mais finalement, dans l’entraînement, le plus dure est de commencer.

 

L’après-midi est encore une fois consacrée aux mises de gants avec les italiennes. Chacune d’entre nous se comporte en ambitieuse vindicative.Nous voulons dominer, nous voulons progresser, nous avons des objectifs importants.

 

 

Samedi : 7 ème jour à Rome

La journée débute par une dernière opposition franco-italienne. Nous sentons confusément que dans les deux clans les défenses s’affutent. Les coupeuses de tête italiennes n’hésiteront pas à nous transformer en martyr. Une ambiance d’odieuse vindicte flotte dans la salle de boxe. Mais, nous sommes prêtes à monter sur le ring.

 

Après de longs palabres, l’entraîneur accepte, avec une moue dubitative, que nous retournions à Rome. Un après-midi de lèche-vitrine dans les rues impériales de Rome, de quoi nous faire rosir de plaisir !

Retour prévu à 16H30 pour clôturer notre stage par un footing.

Nous nous enfonçons dans les abîmes du métro italien l’esprit jubilant. Dans un ballet théâtral, nous filons d’une boutique à l’autre les bras chargés de paquets. Le temps passe, mais pas notre engouement à dénuder les vitrines.

Notre course folle entre les boutiques est étourdissante. Nous sommes en retard. Très en retard. Il est 16H00. Notre chevauchée pour retourner à la caserne est trépidante. Il nous faudra plus d’une heure pour rejoindre notre fief. L’entraineur risque de nous accueillir avec un goût de meurtre sur les lèvres. Nous courrons comme des furies dans le métro. 16H40, encore deux stations de métro, puis le bus. Ce fameux bus qui a pour habitude de tarder à venir. 16H45… nous imaginons le pire des scénarios. L’entraîneur va nous enterrer sans fleurs ni larme ! Un taxi…c’est notre ultime espoir d’arriver avant 17H00, l’heure à laquelle le footing débute. Nous l’encerclons, crions à l’agonie pour lui faire comprendre où nous voulons aller « caserna escercito…speedo, speedo ». Aucune sérénité, presque plus de dignité dans notre désespoir ! 

Nous arrivons à 16H57 à la caserne. A l’orée de cette dernière ligne droite, juste le temps de courir se changer et de se faufiler sur la piste… sans cri d’orfraie ni de remontrance de la part de l’entraîneur ! Quelle chance!


 

 
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